Crime Scene Cleaner
Service après-meurtre
Dans les films de truands, il y a toujours ce personnage dont personne ne parle vraiment. Pas le tueur. Pas le commanditaire. Pas même le flic. Celui qui arrive après. Celui qui découvre un appartement transformé en abattoir municipal, pousse un soupir fatigué, enfile des gants et commence à travailler.
Crime Scene Cleaner repose entièrement sur ce fantasme-là.
Vous incarnez un père prêt à accepter les boulots les plus douteux pour aider sa fille. Le prétexte est simple, et un peu facile. Mais bon, sans, il aurait manquait une vraie raison pour vous envoyer nettoyer les conséquences des crimes des autres.
Et nettoyer, vous allez.
Des corps à déplacer. Du sang à faire disparaître. Des déchets à ramasser. Des preuves à récupérer. Des meubles à remettre vaguement dans leur état d'origine. Le tout dans des environnements variés qui évitent assez intelligemment le piège de la caricature permanente. On visite des lieux qui ressemblent à des endroits où des gens vivaient avant que quelqu'un ne décide de régler un différend de manière particulièrement définitive et, souvent, multirécidiviste.
Le résultat est immédiatement satisfaisant. Comme tous les bons jeux de nettoyage, Crime Scene Cleaner transforme le désordre en progression visible. Chaque tache retirée, chaque sac-poubelle rempli, chaque pièce remise en état procure cette petite récompense primitive que notre cerveau semble incapable de refuser.
Monsieur Propre a changé de clientèle
L'une des réussites du jeu est de maintenir le joueur dans une zone morale assez confortable.
Vous travaillez pour des criminels, vous faites disparaître des preuves, vous participez objectivement à des activités illégales mais vous n'êtes jamais responsable du massacre que vous découvrez à votre arrivée. Vous êtes davantage un sous-traitant qu'un complice.
Cette position intermédiaire fonctionne remarquablement bien. Elle permet au jeu de flirter avec la transgression sans jamais devenir réellement dérangeant. Les litres de sang relèvent davantage du cinéma d'exploitation que de la médecine légale, les scènes privilégient le spectaculaire au réalisme, et personne ne semble particulièrement préoccupé par la cohérence biologique de certains événements. Tant mieux.
Le jeu comprend que son sujet n'est pas le crime. Son sujet, c'est l'après-vente du crime.
La fouille réglementaire
Au-delà du nettoyage, chaque niveau invite également à fouiller les lieux : il faut retrouver les preuves oubliées, récupérer l'argent caché en ouvrant suffisamment de tiroirs pour donner l'impression de réaliser un audit complet des habitudes de rangement de la victime. Cette dimension fonctionne correctement sans jamais devenir vraiment passionnante.
On est très proche de certaines quêtes de collecte dans les MMORPG : une activité à faible valeur ajoutée qui permet surtout d'occuper le joueur quelques minutes supplémentaires. Rien de dramatique, d'autant que les récompenses sont utiles pour débloquer de nouveaux équipements ou améliorations, mais ce n'est clairement pas la partie la plus intéressante du jeu.
L'aspect le plus agaçant vient plutôt de l'incohérence des éléments interactifs. Un placard ouvrable dans un niveau ne le sera pas forcément dans la pièce suivante. Un meuble qui semblait digne d'intérêt devient soudain un simple décor. À force, on finit par ouvrir chaque porte par réflexe, sans jamais savoir si le jeu a décidé qu'elle contenait un billet ou seulement des textures.
Le sang part, les objectifs restent
Le système d'outils est un peu victime du même phénomène : sur le papier, plusieurs équipements existent pour gérer différentes situations mais dans les faits, les distinctions restent modestes. Certaines taches se nettoient plus efficacement avec un outil spécifique, certaines surfaces demandent un peu plus d'attention, mais la différence ressemble davantage à un gain de temps qu'à un véritable changement d'approche.
Nettoyer une tache en vingt secondes au lieu de trente est techniquement une différence. Une différence mesurable, même. Pas forcément une différence passionnante.
Les différents types de salissures participent également à cette impression. Sang, alcool, traces de brûlure ou substances dont il vaut probablement mieux ignorer l'origine : tout cela contribue à l'ambiance, mais rarement à la profondeur du gameplay.
Heureusement, la boucle principale reste suffisamment solide pour absorber ces limites. Voir un lieu passer progressivement de boucherie en appartement témoin demeure étonnamment agréable. Les missions Nightmare prolongent d'ailleurs intelligemment l'expérience en revisitant les niveaux sous un angle différent, même si certaines modifications rendent parfois la navigation plus pénible qu'intéressante.
Le plus étonnant reste sans doute cette question qui accompagne chaque session : pourquoi est-il si satisfaisant de nettoyer des pixels virtuels alors que le vrai ménage attend toujours à quelques mètres de nous ?
Crime Scene Cleaner n'apporte pas vraiment de réponse. Il se contente d'encaisser l'argent et de vous tendre une nouvelle serpillière.
Promesse vs réalité
- Nettoyer des scènes de crime pour le compte de la pègre.
- Utiliser différents outils et équipements adaptés aux situations.
- Fouiller les lieux pour récupérer preuves et objets de valeur.
- Explorer des environnements variés racontant chacun leur propre histoire.
- Faire progresser son équipement grâce à l'argent gagné.
- Revivre les niveaux sous une forme plus difficile avec les missions Nightmare.
- Le fantasme du nettoyeur de la pègre fonctionne remarquablement bien et constitue la principale force du jeu.
- Les environnements sont variés, crédibles et suffisamment travaillés pour donner envie de les remettre en état.
- La progression et les améliorations apportent une motivation constante sans bouleverser la formule.
- La fouille remplit correctement son rôle mais ressemble parfois à du contenu de remplissage plus qu'à une véritable enquête.
- Les outils spécialisés existent, mais leurs différences restent souvent marginales dans la pratique.
- Les missions Nightmare renouvellent efficacement certains niveaux, au prix de quelques frustrations de navigation.
Verdict
Crime Scene Cleaner réussit l'essentiel : transformer une activité profondément banale en fantasme de film de gangsters. Le jeu comprend parfaitement qu'on ne vient pas pour résoudre une scène de crime, mais pour effacer méthodiquement les conséquences d'une nuit qui a très mal tourné. Quelques systèmes annexes peinent à dépasser le stade du remplissage et les outils manquent parfois de personnalité, mais la satisfaction de remettre de l'ordre dans le chaos reste intacte du début à la fin. Une excellente démonstration qu'avec suffisamment de sang sur les murs, même le ménage peut devenir une aventure.
