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Keep Digging

Tais-toi et creuse

Publié le 10 novembre 2025
Développé par Wild Dog
Couverture de Keep Digging

Il y a des jeux qu’on attend, et d’autres qu’on découvre au détour d’une recommandation Steam, un soir d’ennui ou d’égarement. Keep Digging fait partie de ceux-là. Un petit machin sans prétention, découvert au hasard, et que rien - absolument rien - ne prédestinait à me plaire.

Parce qu’objectivement, soyons sérieux deux secondes : les captures d’écran sont tout sauf engageantes. Les animations semblent avoir été sous-traitées à un stagiaire en burn-out, les skins oscillent entre le bon goût d’un concours de cosplay mal organisé et la gêne pure, et les quelques images vaguement jolies qu’on aperçoit ne ressemblent pas franchement au jeu qu’on lance ensuite.

Le gameplay ? Simple, pour ne pas dire simpliste : on creuse, on trouve des minerais, on les revend, on améliore son matériel, et on recommence, un peu plus vite, un peu plus profond. C’est la boucle de dopamine la plus basique depuis le papier bulle : creuser, cliquer, recommencer. Une version franchement plus esthétique d’un clicker game qu’on laissait tourner dans son navigateur au boulot.

Le scénario, qui ne mérite pas vraiment ce nom, oscille entre le vide intersidéral et le grand n’importe quoi cosmique. Ce n’est pas grave en soi - tous les jeux n’ont pas besoin de se prendre pour The Last of Us - mais ici, on frôle presque une forme d’art du foutage de gueule narratif. J'ai vu des présentations PowerPoint qui avaient plus de profondeur et de rebondissements.

Et pourtant...

Et pourtant, ça fonctionne.

Comme ces plaisirs coupables qu’on ne s’explique pas : les jeux à gratter, les vidéos de découpe de savon, les bulles d’emballage qu’on éclate compulsivement. Keep Digging offre exactement ce genre de satisfaction absurde : ça ne sert à rien, ça ne mène nulle part, mais ça fait du bien.

J’ai refusé d’inviter des amis à me rejoindre (il faut préserver un minimum de dignité), d'autant que j'aurais certainement dû les contraindre. Et de toute façon je ne suis pas sûr qu’ils auraient pu y apporter grand-chose. Contrairement à ce que suggère le développeur, c’est une expérience solitaire, presque méditative, et qui s’assume mieux comme ça.

Alors oui, pour cinq euros, je ne vais pas hurler au scandale. Ce ne sont pas les 25 heures les plus inoubliables de ma vie, mais pas les plus désagréables non plus. On sent une idée derrière - une envie de faire simple, accessible, répétitif dans le bon sens du terme - mais sans l’ambition ni la finition pour aller plus loin.

Dommage. Parce qu’avec un peu plus d’effort, Keep Digging aurait pu être une fable souterraine sur la compulsion, la découverte, la profondeur. À la place, c’est un jeu avec autant d’enjeu qu’une pub pour du dentifrice.

Mais bon. Creuser pour creuser, parfois, ça suffit.

Promesse vs réalité

Les promesses
  • Un jeu coopératif décontracté jusqu’à 8 joueurs.
  • Explorez jusqu’à 1000 mètres de profondeur à travers 10 couches de terrain.
  • Découvrez des minerais, des trésors et des technologies anciennes.
  • Améliorez votre matériel et vos outils pour progresser.
  • Une expérience relaxante, sans combat ni stress.
  • Un style visuel unique et des environnements charmants.
  • Une expérience coopérative ‘fun et accessible à tous’.
La réalité
  • On peut jouer à plusieurs, mais la coopération tient plus du chantier collectif sans but que de la vraie aventure partagée. Personne ne sauve personne, on creuse juste à côté en se demandant pourquoi. Et honnêtement, c’est mieux seul.
  • 1000 mètres de dénivelé effectif. Mais la variété est plus symbolique que réelle : dix couches de vide texturé, sans grandes surprises. L’aventure souterraine se transforme vite en descente administrative.
  • La découverte (de quoi que ce soit) est très relative. Les minerais se ressemblent tous, les trésors sont anecdotiques, et les technologies anciennes se limitent à des améliorations d’outils qui ne changent pas fondamentalement le gameplay.
  • L'amélioration du matériel est linéaire et sans enjeu. On clique, on dépense des ressources, on gagne un peu de vitesse ou de capacité. Rien de transcendant, juste une course à la performance qui finit par lasser. Ah si, la texture de l'outil change aussi.
  • Promesse tenue sur l'absence de combat. Ou de stress. Ou de tension dramatique. D'ailleurs, pas d'enjeu, pas de profondeur, pas d'intérêt réel. Autant d’émotion qu’un générateur de mots de passe. Le zen par le vide.
  • Les captures Steam suggéraient une esthétique douce et lumineuse, des merveilles archéologiques. Le jeu réel ressemble plutôt à une réunion d’actifs 3D sous Blender à 2h du matin. On entends souvent parler de direction artistique, sans toujours savoir ce que ça signifie. Ici, son absence fait bien comprendre l'intérêt d'en avoir une.
  • Accessible, oui. Fun, ça dépend du seuil de tolérance de chacun à la répétition et au vide narratif. Les amateurs de “je gratte, donc je suis” y verront une forme de méditation ; les autres, un trou sans fond.

Verdict

Le marketing vend un “Minecraft zen coopératif”.

La réalité livre un clicker game maquillé en bac à sable relaxant (hélas, pas celui de Minecraft justement, plus celui de nos 5 ans).

Pas une arnaque, non, juste une jolie promesse creusée un peu trop profondément, jusqu’à toucher le roc de la banalité.

Si vous n'êtes pas à 5 euros près, que l'idée de creuser sans but vous séduit, que vous n'êtes pas exigeants, que vous avez du temps libre, voire des potes pas regardants, c'est un achat que vous ne regretterez peut-être pas.